... à travers le Petit Ardennais...
18 Octobre 2020
Un soir de 1874, Victor Hugo avait réuni dans un diner intime Flaubert, Arsène Houssaye, Henry Houssaye, Théodore de Banville, M. Floquet, etc. Il venait d’être élu sénateur et avait écrit au maréchal de Mac-Mahon pour lui demander de retarder le départ de Brest d’un navire qui devait transporter à la Nouvelle-Calédonie des condamnés de la Commune.
On était déjà à table lorsqu’une bonne entra tenant à la main une lettre et un papier. C’était un reçu à signer au garde de Paris qui apportait la missive.
Victor Hugo la décachète, la parcourt, et s’adressant à ses amis : « Messieurs, en 1845 je n’étais encore ni pair de France, ni sénateur, ni même Victor Hugo ; un soir, je réveillai le roi Louis-Philippe pour lui demander la grâce de Barbès ; à cinq heures du matin j’étais réveillé à mon tour par un exprès ; il m’apportait la grâce de Barbes.
» En 1862, exilé à Guernesey, j’écrivis à la reine d’Angleterre pour lui demander la grâce de trois fenians : trois jours après, je recevais de la reine Victoire une lettre m’annonçant qu’on accordait la grâce. Dans les mêmes circonstances j’ai souvent écrit au Czar, à des rois, à des présidents de République. Monsieur de Mac-Mahon dont je dirai si je veux être poli à son égard, qu’il n'est que mon égal, m ’envoie le billet suivant : je vous demande la permission de vous le lire :
« Si M. le sénateur V. Hugo désire obtenir une grâce, ce n’est point au Président de la République qu’il doit s’adresser, mais à M. Martel, président de la Commission des grâces.
» Pour le Président :
» E. d’HARCOURT. »
Puis, Victor Hugo froissa cette note et la jeta à terre.
— Décidément, ajouta-t-il, ceci prouve qu’il ne sait ni lire ni écrire.