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Chroniques ardennaises

... à travers le Petit Ardennais...

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[Plaines du Nord] 1885

Mai

Masny. — Fille tuée par son père. — Un drame épouvantable vient d'ensanglanter la commune de Masny.
Avant-hier dimanche, la demoiselle Charlon, cuisinière de M. Fiévet, le nouveau sénateur du Nord, a été assassinée à coups de couteau par son père, contre-maître de la fabrique de sucre. Puis croyant son œuvre accomplie, le meurtrier s’est fait sauter la cervelle.
La malheureuse victime n’est pas morte sur le coup, mais elle porte au crâne des fractures tellement graves, qu’on désespère de la sauver.
Les bruits qui courent au sujet du mobile qui a armé le bras du coupable, sont trop graves et d’une nature trop délicate, pour que nous puissions aujourd’hui nous en faire l’écho. On prétend que Mlle Charlon aurait été victime d’une séduction et, qu’au moment du crime, elle se trouvait dans un état de grossesse assez avancé.
L’assassin se trouvait depuis quelque temps, sous le coup d'une vive surexcitation cérébrale; c’était jusque-là un brave homme, aimé et estimé de tous ses concitoyens.
Inútile de dire l’émoi que ce drame a causé dans le pays.

Eglise foudroyée. — On télégraphie de Roubaix :
« La foudre vient de tomber sur la clocher de l’église Saint-Martin ; elle a produit un léger commencement d'incendie, qu’on a pu heureusement éteindre de suite. Tout danger est conjuré.»

Incendie du collège de Tourcoing. — Un incendie considérable vient d’éclater dans la ville de Tourcoing déjà si éprouvée par de récents sinistres. Le feu s’est déclaré dans les bâtiments du collège. Un moment on a craint de grands désastres.
Toutefois les élèves avaient été mis en lieu sûr et, sous ce rapport, on n’a rien eu à redouter.

L’EPÉE DE L’AMIRAL. — La ville d'Abbeville, oû naquit M. l’amiral Courbet avait ouvert une souscription, pour offrir une épée au héros de Sontay, de Fou-Tchéou et de Formose.
M. Froment-Meurice, chargé de l’exécution de cette épée, a fait une œuvre très remarquable. Au milieu de la poignée, un bouclier sur lequel sont ces mots :

HOMMAGE
A
L’AMIRAL
COURBET
1884

Au-dessus, un trophée, et sur la garde les armes d'Abbeville entourées d’un ruban flottant où se trouve inscrite cette mention :

LA VILLE d’ABBEVILLE RECONNAISSANTE

Sur la contre garde, un épisode de la prise de Fou-Tchéoù.
La tête de la poignée se compose d’une gloire tenant à la main une couronne de lauriers et la coquille est formée de deux dauphins reliés par une cocarde tricolore composée de saphirs, de brillants et de rubis.
La lame, — de Tolède, — qui sera travaillée par l’habile ciseleur, portera sur un ruban s'enroulant autour d’elle les noms des principaux faits d'armes du brave amiral.

Un homme de bien. — M. Cauvel de Beauvillé, ancien député du département de la Somme, vient de mourir à Montdidier, en léguant à la ville d’Amiens une somme de 600,000 fr. pour le débouché d’un boulevard, 1 million pour la construction d’un hospice d'aveugles, et sa bibliothèque, estimée 100,000 fr.

UN SUICIDE ORIGINAL . — Si jamais homme fut bien décidé à en finir avec la vie, c’est M. Jules Couchot, menuisier à Sin-le-Noble (Nord).
Hier on trouva ce malheureux pendu chez lui ; jusqu’ici rien de drôle, au contraire.
Mais d’abord, il était tout nu.
« Ma lectrice rougit, et je la scandalise... »
Eh oui ! tout nu ; et pour cause, car, avant de mourir, il avait voulu déchirer, déchiqueter jusqu’à son dernier vêtement : pantalons, gilets, vestes, chemises, tout y avait passé.
Et ce n’est pas tout, tout le mobilier avait été brisé. Il ne voulait que rien subsistât de ce qui lui avait servi ; seul son cercueil était là tout entier, placé juste sous lui, pour que, la corde coupée, son corps pût y reposer de suite. Et quel cercueil!... Rien n'avait été négligé pour en faire un chef-d’œuvre. Vous pensez, un menuisier!... Ce cercueil poli, fini, léché, était, en dedans, capitonné de satin rouge. Ce menuisier était brun, sans doute. Quel temps avait-il mis à le construire? Mais depuis trois mois déjà ce dernier lit attendait notre homme.
Pour son enterrement, les porteurs étaient retenus et payés depuis quinze jours, et dans maint cabaret avait-il versé des fonds pour qu’on pût boire à sa résurrection.
Mais où la précaution devient un comble, c’est que lui-même, selon la coutume du pays, avait placé une croix sur sa porte, pour indiquer qu’il y avait un mort.
Il estimait sans doute qu’on n'est jamais si bien servi que par soi-même.
Cet insensé était père de huit enfants !

Exécution capitale. — Lepot, l'un des assassins de Mme Boulanger, demeurant à Fives-Lille, a été exécuté hier [22] à quatre heures du matin, sur la place Saint-Waast, à Douai.
Linez, son principale complice, également condamné à mort par la cour d'assises du Nord, a été averti à 3 heures de l'après-midi que M. le président de la République avait commué sa peine en celle des travaux forcés à perpétuité.

Un notaire en fuite. — Les journaux de Lille annoncent qu'un sieur Cousin, notaire à Phalempin, a pris la fuite après avoir dissipé des sommes considérables. 
Ils ajoutent que Cousin était un des plus forts soutiens du parti réactionnaire dans le département du Nord.
Tous les petits cultivateurs du canton de Pont-à-Marcq qui avait confié à cet escroc leurs modestes économies, sont, aujourd'hui, complètement ruinés.

Juillet

USINE INCENDIÉE. — Cette nuit, l’importante usine de tissage de MM. Delattre frères a été en grande partie détruite par un violent incendie. Les ateliers occupaient mille ouvriers. C’est dans la partie de l’usine affectée au triage de la laine que le feu a pris naissance. Les pompiers de Douai se sont rendus sur le lieu du sinistre au premier signal, mais un accident s’est produit à la pompe à vapeur qui n’a pu fonctionner; on a dû la remplacer par la pompe à vapeur de Lille qui a été expédiée par un train spécial avec une brigade de pompiers. C’est à grand peine que l’on a pu devenir maître du feu. La nommé Hubert Dussaussoy a eu le bras cassé. On signalé encore quelques blessures sans grande importance. Les pertes sont considérables. Un grand nombre d’ouvriers sont réduits au chômage. On ignore la cause de l’incendie. Le travail avait cessé depuis samedi dernier. Les pompiers et les soldats envoyés de Douai ont montré beaucoup de dévouement.

Usine brûlée. — Un violent incendie a éclaté hier matin à Dorignies, dans les ateliers de tissage et de peignage de laine Delattre où sont occupés mille ouvriers. Les pertes sont considérables. On ne signale aucun incident grave. La pompe à vapeur et la brigade des pompiers de Lille sont parties prêter leur concours à leurs collègues de Douai.

Arrestation d’un banqueroutier. — Le consulat de France a fait arrêter à Constantinople et a dirigé aujourd'hui sur Marseille le nommé Albert Jadosius, négociant de Dunkerque, accusé de banqueroute frauduleuse et d'escroquerie pour une somme dépassant un million.

CHRONIQUE DES HEUREUX. — Aux tirages de juillet des Obligations Villes de Paris et Amiens, six clients de la Caisse générale d’Epargne et de Crédit , (116 place Lafayette, Paris), gagnent des lots variant de 200 à 10 000 francs — Cette Société a ouvert 63 00 comptes et en a liquidé 35.000. Le nombre de ses gagnants s’élève à 58. 
En présence de pareils résultats, les agents soucieux de ne prêter leur concours qu’à une Société qui a fait ses preuves, offriront leurs services à C. LEFEBVRE , inspecteur a Charleville.

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