... à travers le Petit Ardennais...
14 Novembre 2019
BRACONNAGE ET ORLEANISME. — Les royalistes vantent partout la bonté et la grandeur d’âme du comte de Paris. En voici un exemple qui nous est signalé par un de nos amis habitant Eu. Un cultivateur de Ponts-et-Marais, le citoyen Boutry, a son habitation enclose, qui est entourée par les bois du châtelain d'Eu. Or, le gibier royal a fait perdre, en 1882 et 1883, par ses ravages, une somme de 1,800 fr. au citoyen Boutry, qui a dû renoncer à sa culture. Presque ruiné, le malheureux cultivateur s’est cru autorisé à tendre dans son enclos, en dedans de ses haies, des pièces pour empêcher les ravages du gibier de Monseigneur, mais celui-ci n’a pas hésité à faire dresser procès-verbal contre Boutry, par les soins de la gendarmerie, pour délit de braconnage. Voilà donc un malheureux homme, âgé de soixante ans, père de famille, jouissant d’une réputation honorable, qui va passer en police correctionnelle, pour avoir voulu empêcher le gibier de son royal voisin de venir détruire ses récoltes, tandis que celui-ci jouit paisiblement d’une partie des quarante millions que lui et les siens ont volés à la France. Le parquet donnera t-il suite au procès-verbal dressé contre Boutry ?
Congrés international d’instituteurs. —Le Conseil municipal du Havre a décidé, avec l’approbation du ministre de l’instruction publique, qu’un congrès international d’instituteurs se tiendrait dans cette ville du 6 au 9 septembre prochain. C’est sur la proposition du maire du Havre que cette décision a été prise. Immédiatement un Comité a été formé, qui comprend douze membres du Conseil municipal, dix-huit membres pris parmi les directeurs et les directrices des écoles du Havre et neuf parmi les citoyens de la ville.
LES HANNETONS. — Nous voici tantôt à la mi-mai et les forêts manquant de hannetons. Ils sont décidément en retard cette année.
Les gens de campagne s’en passeraient volontiers. C’est un insecte qui leur coûte cher. En Normandie, les hannetons, dans les bonnes années, détruisent 20 pour 100 des produits des terres. C’est du reste dans ce pays qu’ils prospèrent le mieux, et les vieux normands attribuent le fait à la destruction des corneilles. Tout se tient. Autrefois — il y a cent ans — les corneilles abondaient en Normandie. Il y en a bien encore, au bas mot, trois ou quatre cent mille. Mais qu'est-ce que cela, pour des millions de hannetons ?
En 1760, Buchoz, dans son Histoire des insectes, cite comme un fait extraordinaire la destruction de mille hannetons dans la même journée. Une simple dinette. Il y a trois ou quatre ans, à St-Martin de Bocherville, cinq jeunes garçons recueillirent en dix-huit heures 700 kilogrammes de hannetons.
Et la meilleure preuve qu'il n’y avait pas autrefois d'invasions de ce coléoptère comme aujourd' hui, c'est qu’il a échappé aux foudres de l'Eglise qui n'épargnait personne. A peine un passage de sauterelles ou une éclosion de chenilles étaient-ils signalés que voilà toutes ces bestioles frappées d'excommunication. Les exemples abondent.
A Troyes, en plein seizème siècle, sentence est rendue contre les chenilles admonestèes « de se retirer dans les six jours, faute de quoi les dèclarons maudites et excomniuniées. » Même sentence à Grenoble, contre les limaces. Dans l ’évéché d’Autun, ce sont des rats. Procès, assignations de comparoir. Ils firent défaut : Excommuniés.
Rien de pareil contre les hannetons, et il n’est pas douteux que, s’ils se fussent montrés aussi redoutablement nombreux que de nos jours ils ne l' eüssent payé de leur salut éternel.
EXECUTlON DE HEURTEVENT. — L ’exécution de Heurtevent a eu lieu ce matin [19 juillet], à Caen, à quatre heures un quart. Le condamné a poussé de violents cris dans la prison et a essayé de résister au moment de l’exécution.
Terrible Incendie à Rouen. — Un terrible incendie a éclaté, hier, à 10 heures, chez MM. Horlaville frères, droguistes, rue d’Amiens. Six maisons sont détruites. Il n'y a pas d'accidents de personnes. Parmi les maisons détruites, il s’en trouve plusieurs très anciennes et très remarquables.
Moissonneurs féroces. — A Thann (Calvados), six moissonneurs sont entrés dans la ferme de M. Baoulais et l’ont frappé à coups de bêche. L’état de celui-ci est très grave. Sa femme et son fils ont reçu également plusieurs blessures dangereuses. Les moissonneurs ont été arrêtés et écroués à la prison de Caen.