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Chroniques ardennaises

... à travers le Petit Ardennais...

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[Jura & Saône] 1885

Mai

M. Grévy aux grandes manœuvres. — Sur la demande personnelle de M. Grévy, des grandes manoeuvres s’effectueront, cette année, dans le Jura, entre Poligny et La Chaux. Le Président de la République y assistera.

Facteur assassiné. — Un crime affreux qui a produit dans la ville la plus vive émotion vient d’etre commis à Chalon. 
Un facteur chef des postes, nommé Potayon, âgé de soixante-deux ans, demeurant place de Beaune, 23, a été assassiné ce matin par son beau-frère, un sieur Tabernier, menuisier à Gergny.

Broyés par un éboulement. — Un terrible accident est survenu à Montanay où plusieurs ouvriers étaient occupés à extraire du gravier dans une carrière. Un éboulement étant venu a se produire, deux malheureux ouvriers ont été pris sous un gros amas de terre. Malgré les secours les plus empressés on n’a retiré que deux cadavres.

Vingt maisons brûlées. Trois victimes. — L'incendie considérable a éclaté, avant-hier, à Levier, chef-lieu du canton du département du Doubs. Vingt maisons ont été dévorées par les flammes. Trois personnes ont péri.

LES HANNETONS. — Nous voici tantôt à la mi-mai et les forêts manquant de hannetons. Ils sont décidément en retard cette année.
Les gens de campagne s’en passeraient volontiers. C’est un insecte qui leur coûte cher. En Normandie, les hannetons, dans les bonnes années, détruisent 20 pour 100 des produits des terres. C’est du reste dans ce pays qu’ils prospèrent le mieux, et les vieux normands attribuent le fait à la destruction des corneilles. Tout se tient. Autrefois — il y a cent ans — les corneilles abondaient en Normandie. Il y en a bien encore, au bas mot, trois ou quatre cent mille. Mais qu'est-ce que cela, pour des millions de hannetons ?
En 1760, Buchoz, dans son Histoire des insectes, cite comme un fait extraordinaire la destruction de mille hannetons dans la même journée. Une simple dinette. Il y a trois ou quatre ans, à St-Martin de Bocherville, cinq jeunes garçons recueillirent en dix-huit heures 700 kilogrammes de hannetons.
Et la meilleure preuve qu'il n’y avait pas autrefois d'invasions de ce coléoptère comme aujourd' hui, c'est qu’il a échappé aux foudres de l'Eglise qui n'épargnait personne. A peine un passage de sauterelles ou une éclosion de chenilles étaient-ils signalés que voilà toutes ces bestioles frappées d'excommunication. Les exemples abondent.
A Troyes, en plein seizème siècle, sentence est rendue contre les chenilles admonestèes « de se retirer dans les six jours, faute de quoi les dèclarons maudites et excomniuniées. » Même sentence à Grenoble, contre les limaces. Dans l’évéché d’Autun, ce sont des rats. Procès, assignations de comparoir. Ils firent défaut : Excommuniés.
Rien de pareil contre les hannetons, et il n’est pas douteux que, s’ils se fussent montrés aussi redoutablement nombreux que de nos jours ils ne l' eüssent payé de leur salut éternel.

La plus petite commune de France n’est ni Mellier-Fontaine, qui a de 80 à 90 habitants, ni Tartre-Gaudran (Seine-et-Oise), qui en compte 82, mais bien Rondefontaine dans le Doubs, qui n’a que 27 habitants.

Attaque d’un courrier. — On écrit de Chalon que la nuit dernière le courrier qui fait le service de Semur-en-Brionnais à Charlieu a été arrêté et dévalisé. Il était porteur d’une somme de 2,500 fr. qui lui a été soustraite.
La voiture avait à peine parcouru quatre kilomètres, qu’une bande de six individus qui étaient cachés dans un fossé se précipitait à la tête du cheval et forçait le conducteur à descendre, non sans le rouer de coups et le dévaliser. Les malfaiteurs ont ensuite pris la fuite.

Accident. — Un accident qui aurait pu avoir des suites très graves vient d’arriver au viaduc de Montsarin, sur la ligne en construction de Montchanin à Saint-Gengoux. Plusieurs ouvriers maçons ayant trop chargé leurs échafaudages, les cordages se rompirent et les ouvriers furent précipités d’une hauteur de quinze mètres ; heureusement, ils n’ont reçu que des blessures légères.

L’affaire de Montceau-les-Mines. — Nous rappellerons brièvement les événements qui ont précédé la comparution actuelle de trente-deux accusés devant la cour d’assises de Saône-et-Loire.
Dans la nuit du 14 au 15 juillet, des mineurs affiliés à la bande noire, fracturèrent la porte de la poudrière de la Compagnie des mines de Perrecy-les-Forges et s’emparèrent de 45 kilogrammes de dynamite et d’une provision de mèches. Les paquets de dynamite furent transportés dans le bois du Champ-Sauvage, où ils furent cachés. Ces engins ont dû servir à commettre les attentats qui ont suivi. Plus tard, on découvrit les auteurs du vol.
Le 13 août suivant, une explosion formidable se produisait, à minuit, dans la maison de M. Chevalier, sous-ingénieur de la Compagnie, demeurant à Perrecy ; les vitres étaient brisées, les portes défoncées et les époux Chevalier gravement contusionnés. Les nommés Jacob et Serprix seraient les auteurs de cet attentat.
La 14 août au soir, une explosion moins grave a eu lieu chez M. Grelin, maire de Sauvignes, mais ne cause que des dégâts matériels. La nuit suivante, une cartouche de dynamite éclate chez le sieur Cléaud. Quelques jours après on trouve sur la croix de Magny une cartouche de dynamite qui n’a pas éclaté.
Le 15 septembre, vers dix heures du soir, une violente explosion de dynamite se produisit sous le portail de la chapelle de Magny, appartenant à la Compagnie des mines de Blanzy. La porte fut brisée et l’autel renversé. Quelques instants avant, Laugrand et Serprix avaient déposé au seuil de la chapelle dix cartouches de dynamite. Dessolin, Lauvernier, Chaillet, Potel, Carreau, ont également pris part à cet attentat.
Le jour même, la bande avait décidé la destruction de la croix de Magny. Lauvernier et Dessolin furent chargés de cette destruction ; le 21 septembre, ils placèrent un paquet de dynamite sur le piédestal de la croix ; l’explosion eut lieu mais la croix resta debout. Citons également comme ayant avorté des tentatives dirigées contre les demeures du sieur Martin contre-maître de l’usine Bôssot, à la Valteuze, et du sieur Bornet, garde de la Compagnie de Blanzy, à Montmaillot.
Le 21 octobre, le sacristain de la chapelle de Magny découvrit un engin explosible placé devant la chapelle. La mèche avait brûlé sur une faible longueur et s’était éteinte sans déterminer d'explosion.
Une tentative contre la demeure d’un sieur Etienney, marqueur au service de la Compagnie de Blanzy, ne réussit pas davantage.
Une autre tentative fut préparée également contre la maison d’Etienney, mais avec la complicité, paraît-il, d’un sieur Brenin, agent de M. Thévenin, commissaire de police de Montceau-les-Mines. Voici ce que l’on raconte à ce sujet :
Brenin, poursuivi pour loterie non autorisée proposa au commissaire de lui dénoncer les auteurs, encore inconnus, des précédents attentats et de lui faire surprendre en flagrant délit des membres de Ia bande noire. Le commissaire promit, dit-on, à Brenin une prime de 3,000 fr., à la condition qu'il ne prendrait aucune part à l’exécution des actes criminels.
Brenin se mit en relation avec Henriot et Desbrosses, et prépara avec eux un attentat contre la demeura d’Etienney. Claude Martin, Gueslaff et Delhomme ont également préparé l’expédition. Le commissaire de police, averti par Brenin, organise une embuscade où les affiliés devaient se faire prendre. Le soir du crime, armé d’un revolver, Gueslaff alla déposer une cartouche dynamite sur le seuil de la maison d’Etienney, et prit la fuite. Les gendarmes voulurent le cerner : il tira sur trois d’entre eux et les blessa ; mais fut blessé à son tour et mis en état d’arrestation. L’accusé dénonça ses complices, qui furent également arrêtés. Brenin ne se serait pas borné au rôle convenu. Il a réellement pris part à ce dernier attentat. Aussi est-il poursuivi comme complice. Le commissaire de police de Montceau est mort au cours de l’instruction.
Sont assis au banc de la défense, MM. Millerand, Bernard Passérien et Laguerre, député du bureau de Paris ; Rouye et Giboulot, du bureau de Chalon.
Nous donnerons à nos lecteurs le résultat cette importante affaire.

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