... à travers le Petit Ardennais...
4 Octobre 2020
Enterrement civil de M. Beauvarlet. — Nous recevons, au sujet de cette cérémonie, la lettre suivante :
— « Un fait bien singulier s’est passé à propos de cet enterrement : A l’heure même où se célébraient les obsèques civiles du regretté Beauvarlet, M. Langénieux devait donner la confirmation.
— » Craignant sans doute d’être dérangé dans son inutile cérémonie, — alors que personne n’y songeait — il ordonna à, son curé de fermer les portes de l'église. Craignait-il donc que les quelques enfants qu’ils confirmaient s'échappassent ? craignait-il donc que les rares assistants dédaignassent ses doucereuses exhortations.
» Cependant si la porte de l’église était fermée on pouvait regarder à travers les vitres des fenêtres ; aussi put-on voir quelques prêtres et « deux ou trois fidèles » le nez collé derrière les carreaux. Ils ont pu voir au moins combien a été digne et recueilli l’enterrement civil de M. Beauvarlet.
» Une grande partie de la population suivait le cercueil. Les cordons du poële étaient portés par MM. Beauvarlet, Cordier, Loret et Guérin, conseillers municipaux. Au cimetière, M. le maire a prononcé le discours suivant :
» Par le concours de circonstances que vous connaissez, messieurs, nous sommes appelés à conduire à sa dernière demeure un de nos concitoyens. Sa volonté a toujours été d'avoir des funérailles civiles, et personne ne doit oublier que la dernière volonté d’un mourant est sacrée.
» Je ne veux pas retracer ici la vie de notre regretté concitoyen, mais je serai avec vous en communauté d'idées en rappelant qu'il fut un homme de bien, affable dans toutes ses relations, respectant les convictions des autres en conservant les siennes. Il était et il est resté libre penseur jusqu’à son dernier moment.
» Cher concitoyen, si tu disparais de nos rangs, ta mémoire ne sera pas oubliée parmi nous ; notre pensée te suit, et du plus profond de notre cœur nous te disons : Adieu ! »
— » Croiriez-vous, M. le Rédacteur, que M. le curé avait eu l’idée grotesque de prier notre maire de vouloir bien recevoir l’évêque. Inutile de dire que notre maire s’empressa de décliner un tel honneur répondant que ses convictions autant que son amitié pour Beauvarlet lui faisait un devoir d'assister à l’enterrement civil de son vieux camarade, Nous ne saurions trop féliciter M. le maire de cette attitude si nette.
— » On peut dire que c’est l’Eglise qui a fait de Beauvarlet un libre, penseur; jusqu'au jour de son mariage il ne fut pas hostile au clergé, mais à l’occasion de son mariage certains différends d'ordre privé étant intervenu entre Iui et le curé de la paroisse, Beauvarlet pouvant juger ce que valut le cléricalisme se maria civilement et depuis cette époque devint un libre-penseur convaincu.
— « On voit qu’à l’heure de sa mort, et malgré certaines sollicitations sur lesquelles il est inutile de s'apesantir, Beauvarlet n'abjura rien de ses croyances de républicaines et de libre-penseur. Puisse cet homme de bien servir d'exemple.»
M. Robinet, maire de Givry, nous adresse la lettre suivante ;
« J'ai l'honneur de vous informer, qu'hier, ??, à l’occasion d’un enterrement civil, il a été fait sur ma proposition, par M. Loret, une coIIecte qui a produit 22 fr. 15 : moitié de ce produit doit être pour le Sou des Ecoles laïques, je vous en envoie ci-inclus le montant pour être par vos soins remis à qui de droit, soit 11 fr; le reste est pour le Bureau de bienfaisance de la commune.
» Veuillez agréer, etc. »