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Chroniques ardennaises

... à travers le Petit Ardennais...

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[Afrique] 1885

Mai

AMAZONES NOIRES. — Les explorateurs de l'Afrique nous annoncent qu’il existe dans les Etats du roi de Dahomey une armée d’amazones, non point de celles dont nous parle Hérodote, de ces femmes guerrières de la Cappadoce, dont le sein droit était brûlé et qui montaient des chevaux fougueux, mais une véritable infanterie féminine.
Ces dames guerrières sont au nombre de plusieurs milliers ; elles sont désignées sous le nom de « femmes du roi » et forment pour ainsi dire sa garde du corps ; elles se distinguent par leur courage, leur discipline et leur dévouement. Bien que les amateurs du roi de Dahomey accompagnent celui-ci dans ses expéditions guerrières, elles paraissent plutôt former une sorte de garde d'honneur.
Dès leur plus tendre jeunesse, les jeunes filles sont exercées au chant, à la danse, et dressées aux manœuvres d’ensembles, qu’elles exécutent avec une précision qui ferait honneur à une troupe de ligne. Les amazones sont de jeunes femmes de 18 à 25 ans;  elles sont logées dans diverses parties de la ville et se réunissent sur une place quand elles sont appelées à participer à une féte. On les voit passer en bon ordre, saluant au passage leur souverain et mari le chacha, ce sont toutes de belles créatures, élancées et bien proportionnées, nullement obèses comme les négresses de sang mêlé.
Le costume que portent ces femmes séduirait immédiatement l'organisateur d'un ballet nouveau ; elles portent comme coiffure une sorte de bonnet blanc, sur lequel sont brodées des images d'animaux ; les pieds sont nus ; un pantalon rouge, jaune ou bleu descend presque au-dessous du genou; un corselet leur serre la poitrine, laissant à découvert les bras et la gorge ; une ceinture multicolore soutient une courte dague qui pend au côté ; enfin une grande écharpe est posée en sautoir à travers le buste. Avant les exercices, les amazones déposent à terre le fusil à pierre qu’elles portent crânement sur l’épaule.
Pendant des heures entières, le Corps d amazones exécute en chantant des danses d’ensemble bizarres et fort animées, sans paraître le moins du monde fatiguées ; la précision dans l’exécution tient du prodige, on les voit se plier comme des fauves, s’élancer en avant en brandissant une hache, entonner leur cri de guerre. Ces exercices n’ont rien d’érotique ou de grotesque, ils sont empreints d’art et d’originalité.

ALGERIE. — M. Tirman en France. — Le gouverneur de l’Algérie s’est embarqué le soir, 11 mai, à cinq heures, pour la France. M. Tirman ne devait se rendre à Paris que pour assister à la discussion du budget de l'Algérie et soutenir un certain nombre de projets actuellement soumis à l ’examen de diverses commissions parlementaires ! mai* un deuil de famille l’a obligé à devancer l’èpoque de son départ.

TUNISIE. — Les armes de luxe en Tunisie.  — Tunis, 15 mai. Jusqu’à ce jour, les armes de luxe introduites en Tunisie, ne payaient aucun droit. A l’avenir, un droit de huit pour cent ad valorem, sera perçu sur les fusils de chasse, pistolets, revolvers et en général sur toutes les armes de luxe importées dans la Régence. L’introduction des armes de guerre reste interdite.

ROI BALAYEUR. — De balayés qu’ils sont parfois, les rois deviendraient-ils balayeurs ?
Nous avons en France un roi détenu comme prisonnier de guerre. Ce roi qui est nègre, se trouve par surcroit de malheur à l'hôpital de
Brest.
Voici par suite de quelles circonstances, il y a été amené :
Le roi Huombô dont le royaume est situé sur la côte occidentale d’Afrique, à proximité de Porto-Nuovo, et qui dispose d’une armée assez nombreuse, avait, lors des derniers événements qui appelèrent nos troupes d'infanterie, de marine au Sénégal, soulevé contre nous les peuplades qu’il gouvernait, et ce au mépris d’un serment de fidélité, fait autrefois à la France.
Fait prisonnier, dès le début de l’insurrection par quatre sergents d'infanterie de marine, Huombô fut embarqué sur l'Ariége, et envoyé en France pour qu’il fût statué sur le parti que l’on prendrait à son égard.Il se distrayait pendant la traversée à balayer le pont avec les hommes de l'équipage.
A l'hôpital, on n'a pu le décider à se déshabiller ;  il couche tout habillé. Personne ne connaît sa langue et il se fait comprendre par signes. II s’est attaché au médecin de la salle et brosse son uniforme avec un soin méticuleux.

EN TUNISIE. — Tunis, 25 mai. Le général Boulanger est arrivé ce soir de sa tournée dans le Sud, Il a passé rapidement à Sfax et à Sousse.
Le conseil municipal de Tunis a décidé de ne pas réclamer le payement des arriérés des taxes municipales sur le loyer et le balayage. En outre il a émis le vœu que le dernier décret sur les inhumations soit modifié, ce qui a produit un bon effet sur les indigènes.
Les conseillers musulmans qui n’avaient pas pris part aux séances depuis deux mois, sont tous venus à la dernière réunion du conseil municipal et ont pris une part active à la délibération. Ils ont demandé une modification du décret sur les communes.
Les colonies française et italienne ont ouvert une souscription pour envoyer une couronne aux funérailles de Victor Hugo.

Départ de la frégate-école. — La frégate-école d’application des aspirants : L'lphigénie est partie pour Alger.

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