... à travers le Petit Ardennais...
6 Juin 2020
Syndicat des Agriculteurs des Ardennes
M. Eugène Fagot nous prie d’insérer la communication suivante :
Le Syndicat des agriculteurs des Ardennes, qui comptait 420 adhérents à son début — au mois de février 1884 — a, aujourd’hui, plus de 950 membres.
Les Achats faits pour le printemps et pour l'automne de 1884 se sont montés à plus de 500,000 kilogrammes. — Pour le printemps 1885, voici quelle a été l’importance des achats :
1° Sulfate d'ammoniaque................ 11.600 kil.
2° Nittrate de soude...,................... 112 870 —
3° Nittrate de potasse....................... 200 —
4° Chlorure de potassium................23.300 —
5° Phosphate fossile des Ardennes 93.900 —
6° Superphosphate minéral............178.800 —
7° Plâtre cru pulvérisé................... 251.900 —
8° Tourteaux alimentaires (coton et
arachide.......................................... 21.000 —
9° Sel dénaturé pour bétail............. 15.500 —
10° pour engrais......... 1.500 —
11° Avoine noire de Brie................... 6.400 —
12° Graines et semences diverses... 5.970 —
Total.... 725.910 kil.
représentant une valeur de plus de 73 000 francs.
Tous les produits livrés par la Syndicat ont été analysés : les engrais à fa station agronomique de l'Est, à Nancy, et les graines à la station de l’institut agronomique, à Paris. Les chiffres garantis par les fournisseurs d’engrais ont été reconnus exacts, sauf pour le chlorure de potassium. Cet engrais devait contenir 50 0/0 potasse, tandis que l’analyse chimique n’en a trouvé que 46,36. Une réduction proportionnelle au déficit en potasse a été de suite consentie par MM. Monod et Voisin, et le prix de ce produit, de 22 fr. les 100 kil. qu’il devait être, a été réduit à 20 fr. 40.
En achetant les graines sur analyse, le Syndicat est entré dans une nouvelle voie. Mais certaines personnes pourront bien se demander ce que peut être une analyse de graines et quelles garanties l’on doit exiger du vendeur.
Les garanties à exiger du vendeur sont de deux natures : elles sont relatives à la pureté de la semence et sa faculté germinative. Sur cent grains du produit fourni, combien existe-t-il de graines étrangères, et combien, sur cent grains de l’espèce demandée, pourront germer ? Telles sont les deux questions que doit résoudre l’analyse des graines.
Au risque de m’attirer les malédictions des marchands, je dois dire que ce commerce donne lieu à des fraudes non moins nombreuses que celui des engrais — on trompe sur la nature de la semence en fournissant telle variété de betterave pour telle autre — dans les plaines de prairie, en supprimant certaines espèces dont le prix des graines est trop élevé et en les remplaçant par des graines coûtant beaucoup moins, ressemblant aux premières (car beaucoup de graines de graminées se ressemblent et ne peuvent être distinguée qu'à la loupe), mais ne donnant naissance qu’à des espèces le plus souvent nuisibles à la prairie ; — on trompe encore bien souvent en fournissant comme exemptes de cuscute des légumineuses qui en renferment.
Que de fois aussi — et nous en attribuons la faute aux intempéries ou à la mauvaise culture — n'achetons-nous pas de vieilles graines ne pouvant plus germer ?
Comme l' indiquent les chiffres relatés plus haut, la vente des graines n’a pas eu la même importance que celle des engrais; cela tient surtout à ce que le Syndicat a organisé cette vente un peu tardivement, et, il faut bien le dire, à quelques insuccès éprouvés l’an dernier, alors que l’on achetait sous la seule garantie de la bonne foi du vendeur.
Cette année, l’analyse a démontré que les produits fournis par M. Denaiffe, de Carignan, sont de très bonne qualité, et tout me porte à croire que l’an prochain, un plein succès couronnera les efforts du Syndicat en ce sens, car le but à atteindre est non moins important que pour les engrais.
« A chacun selon ses œuvres », dit le proverbe. Nous devons dire ici que si le Syndicat a si complètement réussi. C’est grâce à M. Fiévet. — Par ses conférences dans le département, par les sympathies et la confiance qu’il a su acquérir partout, par l’énorme et souvent peu agréable travail que nécessite la correspondance du Syndicat, surtout au moment de l'achat des produits, M. Fiévet a été l’âme de notre Association agricole.
L’agriculture ardennaise, comme on le voit, ne désespère pas. Les difficultés de la lutte semblent lui donner une énergie nouvelle ; elle abandonne la vieille routine, convaincue que ce n’est pas en gémissant que l’on améliore une situation gênée, mais en modifiant ses moyens d’action. « Aide-toi, a dit la sagesse des nations, et le ciel t’aidera ».
Nous aurions manqué à un devoir professionnel en n’applaudissant pas aux modifications apportées ces jours derniers à nos tarifs douaniers : les agriculteurs ont ainsi démontré que, par l’union, ils pourraient aussi imposer leurs vœux aux pouvoirs publics ; mais quant à nous, pour le relèvement de notre agriculture, nous accordons une bien plus grande confiance aux efforts des cultivateurs, à leur énergie individuelle, aux bons exemples, aux bonnes méthodes de culture et aux engrais, qu’à une protection à la douane. Aussi sommes-nous très heureux de constater le succès du Syndicat, car il montre jusqu’à un certain point l'énergie de l'effort des cultivateurs.
Société d’agriculture. — Avis est donné aux membres de la Société, qu'une leçon pratique de pincement des arbres fruitiers, sera donnée par le professeur, le Dimanche 10 mai, dans le jardin de M. Muneaux-Jurion, rue du Fond-de-Santé, à Charleville.
En cas de mauvais temps, la leçon sera remise au dimanche suivant.
Aux cultivateurs. — Un concours pour l’encouragement à la culture de la betterave riche aura lieu, à Lille, en 1885. Les cultivateurs qui voudront y prendre part devront se faire inscrire à la Préfecture du Pas-de-Calais avant le 1er août, dernier délai.
Maladie de chevaux. — M. A. Fonte, vétérinaire à Auvillers-les-Forges, nous adresse la communication suivante [24] :
« Une maladie contagieuse, assez grave, la dourine ou maladie vénérienne du cheval, vient de se déclarer sur des animaux reproducteurs de l'espèce chevaline (étalons et juments surtout) dans les communes d'Eteignères, Sévigny-la-Forêt, Rocroi, Regniowez, Auvillers-les-Forges, Champlin, etc.
» Cette maladie se communique exclusivement par la saillie. Elle a dans beaucoup de cas des conséquences fatales.
» Un arrêté préfectoral, en date du 20 mai 1885, vient d'être rendu à ce propos. En vertu de la loi du 21 juillet 1881 sur la police sanitaire des animaux, M. le préfet des Ardennes soumet tous les quinze jours les étalons de la région infectée à la visite du vétérinaire délégué à cet effet, et interdit en outre de faire saillir les juments sans que leur bon état de santé soit attesté par un certificat ne remontant pas à plus de quatre jours.
» Nous ne saurions trop engagé les cultivateurs, les propriétaires ou détenteurs d'étalons à se conformer à l'arrêté préfectoral ci-dessus visé.
» La production chevaline, si importante dans cette partie des Ardennes, serait gravement compromise si ces mesures n'étaient pas strictement exécutées.»