... à travers le Petit Ardennais...
27 Octobre 2020
Ce mot de Panthéon, pris dans son étymologie la plus stricte, signifie temple élevé à tous les dieux, mais aux dieux comme les entendaient les Grecs, — d’où nous vient ce mot Πας Θεος — c’est-à-dire aux génies, aux hommes illustres qui sont la gloire d’une Nation.
Tout le monde a vu à Paris, sur la place Sainte-Geneviève, le Panthéon a la forme d’une croix grecque, dont la façade se compose d’un portique, mesurant quarante-trois mètres de développement sur quatorze mètres de profondeur, orné de vingt-deux colonnes corinthiennes cannelées, d’une hauteur de dix-neuf mètres vingt, reposant sur un perron de douze marches ; tout le monde, également, a pu admirer le magnifique fronton de David d’Angers ; aussi n’est-ce pas le monument que nous avons l’intention de décrire.
Le 6 septembre 1764, Louis XV posait la première pierre de cet édifice qui devait être une église.
Quatre-vingt-neuf trouva inachevé cet édifice que l’Assemblée Constituante — par une heureuse inspiration — devait consacrer aux gloires nationales;— les travaux en avaient été menés en effet avec une désespérante lenteur, et l'exécution définitive en avait encore été retardée par la mort de Soufflot, survenue en l'1780.
A la mort de Mirabeau, la Constituante résolut de consacrer un monument aux tombes de tous les grands citoyens ayant bien mérité de la patrie. La France voulait avoir son Westminster. Le monument conçu par Soufflot et qui devait s’appeler l’église Sainte-Geneviève, était là, merveilleusement approprié pour cette grande destination.
Voici un extrait du décret qui fut alors rendu :
ARTICLE PREMIER . — Le nouvel édifice de Ste-Geneviève sera destiné à recevoir les cendres des grands hommes de l’époque de la Liberté française.
ART . 2. — Le Corps législatif décidera seul à qui cet honneur sera décerné.
ART. 3. — Honoré-Riquetti Mirabeau est jugé digne de recevoir cet honneur.
ART. 6. — Le Directoire du département de la Seine, sera chargé de mettra promptement l’édifice de Sainte-Geneviève en état de remplir sa nouvelle destination et fera graver au-dessus du fronton ces mots : « Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante. »
« Dans ce transport civique, dit Edgar Quinet, on baptisa le monument, qui parut pour la première fois, recevoir une âme et un sens. Voilà pourquoi cette vaste enceinte nue ressemblait à un forum : c’est la place où se réunira le peuple pour rendre son jugement sur les morts. Voilà pourquoi cette colonnade portait si haut ses splendeurs, pourquoi la coupole se dressait comme une couronne sur la tête de Paris. Il s’agit de l’apothéose de la France, de la patrie, sous la figure des grands hommes qui vont surgir au souffle d’un monde nouveau. Y avait-il des colonnes assez hautes, des chapiteaux assez fiers, des guirlandes assez riches pour célébrer ceux à qui la patrie devait des honneurs?
Les plus grands des morts à qui furent décernés les honneurs du Panthéon, furent Voltaire «t Jean-Jacques Rousseau.
Un jour, après la réaction militaire, vint la réaction immonde, celle qui outrage les morts.
Une nuit, la monarchie bourbonnienne commanda des ouvriers, des manœuvres pour une œuvre infâme. On viola les tombes de Voltaire et de Jean-Jacques ; les restes de ces deux hommes immenses furent mis dans un tombereau, qui fut mené en rase campagne, hors Paris.
Là on avait préparé un trou, on y déversa le sac qui contenait les os des hommes qui ont donné pour le dix-huitième siècle ce que Victor Hugo est pour le dix-neuvième.
Le Panthéon était devenu une église; les cléricaux crachant à la face des grands hommes, leur volaient leur temple.
Jamais cette profanation n’a été dignement effacée, il convient qu’elle le soit dimanche. Victor Hugo entrant au Panthéon fera disparaître à tout jamais la souillure infligée à ce Temple par les malfaiteurs de la Restauration, de même qu’exposé, lui l’homme de paix, sous l’arc triomphal des hommes de guerre, il effacera le souvenir infligé à cet autre monument des grands hommes par les anciens alliés de la restauration cléricale.
D ’ailleurs, dès qu’un gouvernement s’est trouvé n’être pas complice de la réaction cléricale, il s’est hâté de rendre le Panthéon à sa destination.
C’est ce qui eut lieu sous la monarchie de juillet, à la suite du rapport Guizot.
Voici comment le comte de Montalivet présenta cette mesure de restitution à la tribune de l’Assemblée, pourtant monarchiste à cette époque.
« L'antiquité, dit le comte, peupla les temples des statues de ceux qui avaient bien mérité de la patrie et de l’humanité, et chez les modernes, Westminster a recueilli leurs cendres. A l’époque où les Français prirent rang parmi les peuples libres, ils voulurent aussi consacrer cette ère nouvelle par des honneurs rendus au plus éloquent défenseur de leur liberté. Quand la mort frappa Mirabeau, une voix s’éleva dans la première de nos Assemblées et le Panthéon s’ouvrit pour la mémoire dos grands hommes. Si plus tard le pouvoir les a déshérités des honneurs funèbres qui leur étaient décernés par la loi, la patrie vient de reconquérir au prix de son sang, le droit de se montrer reconnaissante. »
Et le ministre, alors, proposa la loi suivante :
« Le Panthéon sera de nouveau destiné à recevoir les restes des citoyens illustres qui ont bien mérité de la patrie.... Les honneurs décernés seront ou un mausolée ou une inscription gravée sur une table da marbre . »
Cette première restitution fut suivie d’un second vol.
L ’homme de Décembre paya avec le Panthéon une partie des Te Deum que les prêtres chantaient à sa gloire pour remercier le Très
Haut (?) d’avoir permis au très bas d’ensanglanter le boulevard Montmartre et de tuer la République.
Ignoble et coupable complicité de l’Eglise que Hugo a flétri dans ces vers immortels des Châtiments :
Quand tu dis : « Te Deum ! nous vous louons, Dieu fort,
Sabahot des armées»
Il se mêle à l’encens une vapeur qui sort
Des fosses mal fermées.
Le meurtre à tes côtés suit l’office divin
Criant : « Feu sur qui bouge ! »
Satan tient la burette, et ce n’est pas de vin.
Que ton ciboire est rouge.
Mais lundi les corbeaux qui s’étaient abattus sur les restes de nos gloires nationales et s’étaient emparés de leur dernière demeure s’enfuiront effarés devant l’éblouissante clarté quo porte avec lui ce nom si grand : Victor HUGO.