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Chroniques ardennaises

... à travers le Petit Ardennais...

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[Police correctionnelle de Charleville] 1885 - 05

Audience du 13 mai 1885

L'audience d’hier, quoique très chargée, ne comportait pas beaucoup d’affaires á signaler. En effet, parmi les quatorze détenus qui défilent successivement devant le Tribunal, la plupart sont des vagabonds des moins intéressants, des auteurs de voIs de peu d’importance ou des repris de justice qui ont contrevenu à de précédents arrêtés d'expulsion.
Le Tribunal leur inflige à chacun selon leur mérite des peines d’emprisonnement variant de un à douze mois.

Singulier cas. — La nommée Victoire Génonceau, condamnée à quatre mois de prison pour vol et expulsée, en sa qualité d’étrangère, il y a quelque temps, s’est mariée en Belgique avec un français qui l’a ramenée dans notre pays où elle est devenue mère de deux enfants. Elle comparait donc pour infraction à un arrêté d'expulsion.
M . le président fait avec raison remarquer que la détenue ne doit plus être considérée comme étrangère, puisqu’elle a épousé un français, et l’affaire est remise à huitaine pour examiner ce singulier cas.
Il n’en est pas moins vrai que si la nommée Génonceau est reconnue non coupable elle aura encore subi huit jours de prison préventive en plus.

Vagabondage. — Une fillette de 17 ans, nommée Sacré, Julie, de Fumay, a été surprise en état de vagabondage dans Mézières. Ses moyens d'existence étaient inavouables. Elle allait sur les remparts aux environs des casernes chercher quelques morceaux de pain et des restes de gamelle que des soldats lui apportaient. On doit comprendre de quelle façon elle payait cette nourriture.
Quoiqu’elle ait déjà été condamnée par le Tribunal de Rocroi à 15 jours de prison pour complicité de vol, le Tribunal, vu son jeune âge, lui accorde des circonstances atténuantes et ne lui inflige que 15 jours d'emprisonnement.

Vol domestique. — La nommée Rover, Ima-Julie, domestique à Deville et ensuite à Charleville, avait pris la déplorable habitude de serrer, sans le vouloir, de nombreux effets de ses maîtresses dans sa malle.
Elle réfléchira pendant un mois au moyen qu'il faut. employer pour avoir conscience de ses actes.

Escroquerie. — Une bien triste affaire et qui a vivement peiné l’assistance. Une jeune fille de 19 ans, dont nous tairons le nom, par respect pour son honorable père, un travailleur consciencieux qui malgré des revers de fortune fort pénibles, a toujours su mettre ses  enfants à l'abri du besoin, s'est mise tout à coup , à exploiter par monomanie sans doute, les commerçants de notre ville. Elle se présentait chez les marchands, prenait, sous de faux noms et sous de fausses adresses, des chaussures, jupons, corsets à essayer chez elle, puis ne reparaissait. La pauvre fille pleure abondamment, et le tribunal, se montrant indulgent, lui donne un mois de prison.

Délit de chasse. — Armand Benit, un braconnier connu, aime beaucoup à se promener avec ses deux chiens de plaisance, aux alentours des bois du Waridon, territoire de Montcy. Malgré Ies avertissements réitérés du garde de M. Hubert, il prenait encore bien innocemment l’air dernièrement près d’un petit bosquet lorsque ses chiens de plaisance toujours, moitié d’arrêt, moitié courants, ont lancé un levreau qu’ils ont délicatement étranglé et avalé au bout de quelques minutes.
Benit, pour se défendre, ne trouve rien de mieux que d’injurier le garde qui lui a dressé procès-verbal.
Son attitude est des plus mauvaises, aussi attrape-t-il 6 jours de prison, 50 fr. d’amende et 10 fr. de dommages-intérêts.
Il remercie les juges en soutenant qu’il est innocent. Qu’il soit Bénit.

Abus de confiance. — Ensuite arrive une affaire d'abus de confiance. Un ancien huissier de Launois, homme d’affaires de Mme Coche, avait touché pour cette dernière, certaines sommes importantes sans lui en parler.
Cet huissier demandant du temps pour régler ses comptes et prouver que Mme Coche est sa débitrice, le tribunal suspend l’affaire pour supplément d'information.

 

Audience du 20 mai 1885

L’audience d’hier a été très courte et n’a présenté qu’un intérêt des plus médiocres. Voici la nomenclature des affaires qui ont été jugées.

Vagabondage et rupture de ban. — Le sieur Stellatus, François, repris de justice incorrigible passe le plus clair de son temps à errer sur les grandes routes et à exploiter les personnes généreuses qui lui font l’aumône. Il aura pendant un mois un domicile fixe.

Vol d’argent. — Jacques, manoeuvre à Dom-le-Mesnil, est un vaurien de la pire espèce qui, se trouvant sans argent, a dérobé les économies d’un pauvre diable habitant la même commune que lui, soit deux cents francs. Il est récompensé par 15 mois d’emprisonnement.

Vol aux étalages. — La femme Bultot qui habite Nouzon, s’est rendue coupable de nombreux vols au préjudice des marchands forains qui étalent leurs marchandises sur la voie publique les jours de marché. Deux mois de prison par défaut.

Coups et blessures. — C’est un assez vilain monsieur que Saive qui exerce la profession de terrassier à Mézières. Etant en état complet d’ivresse, ce qui lui arrive beaucoup plus souvent qu’à son tour, il a tout démoli dans le cabaret du sieur Lassaux ; puis, furieux d’avoir été mis à la porte, il a administré à sa femme une raclée épouvantable. Le Tribunal lui inflige 6 jours de prison et 5 fr. d’amende.

Vol d’une montre. — Lefort, qui habite Mohon, aime à savoir l’heure qu’il est ; mais cet amour de la précision ne constitue pas une raison suffisante pour s’approprier la montre d’une voisine. Il est condamné par défaut à six mois de prison.

 

Audience du 27 mai 1885
 

Voies de fait. — Gustave Michel, âgé de vingt-six ans, machiniste à Monthermé, s’est pris de querelle sous le motif le plus futile avec
l’un de ses camarades d’atelier qu’il a eu le tort de chercher à convaincre à l’aide d’arguments trop frappants. Vingt-cinq francs d’amende paraissent suffisants au tribunal pour réprimer cette première faute.

Vagabondage. — La femme Olat, en résidence obligée a Sedan, est condamnée à quatre mois de prison pour vagabondage et rupture de ban.
Edward Valentin, âgé de vingt-cinq ans, sujet américain, s’entend également infliger six jours de la même peine pour infraction à un arrêté d’expulsion rendu contre lui à la suite d’une condamnation pour vagabondage qu’il avait encourue en Algérie.

Coups. — Delaite, carrier à Nouzon, est une sorte d’hercule qui a le tort, quand il est ivre, d’abuser de sa force et de taper comme un sourd sur le premier venu. C’est ainsi que sans aucun motif il a exercé des violences graves sur la personne d’un sieur Baudoin. Le Tribunal le gratifie de 6 jours de prison.

Outrages. — Parizel, qui habite Château-Regnault, se grise aussi, mais il se borne à insulter les gendarmes ce qui lui vaut 16 francs
d’amende.
Coudier, sujet belge, qui réside à Monthermé, est un pochard remarquable qui, non-seulement, comme le précédent, insulte les représentants de l’autorité, mais encore va jusqu’à les frapper. Ces procédés méritoires lui valent dix jours d' emprisonnement.

Coups et blessures. — Guibert, marchand ambulant à Bazeilles, fait opposition à un jugement du 19 mars dernier qui l’a condamné par défaut à un mois d’emprisonnement. L ’accusation lui reproche d’avoir assailli à coups de pierre un vieillard de l’hospice de Mézières. Pour sa défense il allègue qu'il était ivre et qu’il s' est cru provoqué. Guibert a déjà subi trois condamnations, son attitude devant le Tribunal frise l'impertinence. La peine est réduite à dix jours.

Bris de clôture. — Rasquin, qui habite à la Verrerie de Charleville, est un gaillard de 19 ans très peu commode quand il est en ribotte, ce qui lui arrive constamment. Dans cet état, il va dit-on, jusqu’à frapper sa mère. Aujourd’hui on lui reproche d’avoir fait te siège d’une maison à coups de briques, et d’en avoir cassé les fenêtres. Le propriétaire de la maison a failli être blessé. Rasquin passera dix jours à l’ombre.

Outrages. — Démolès, ramoneur de son état, a oublié en râclant quelque cheminée, qu’il était cité pour la présente audience, car il néglige de comparaître. Il a insulté et menacé le garde-champêtre d’Omicourt. Il était d’ailleurs parfaitement ivre. Huit jours de prison.

Coups. — Décidément la série est aux coups. Rossignol n’aime pas que l'on regarde à, sa fenêtre. Sous prétexte qu'un de ses voisins, le sieur Lelarge, âgé de 60 ans, a commis cette indiscrétion, il lui a administré une volée remarquable. Le tribunal le récompense avec un mois d emprisonnement.

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