... à travers le Petit Ardennais...
12 Août 2020
Victor Hugo est mort.
Cette nouvelle, qui aura un douloureux retentissement dans toutes les âmes françaises, nous parvient à l’instant.
C’est le cœur oppressé de tristesse, la plume hésitante, que nous essayons de tracer quelques lignes.
Celui dont le génie noue a si souvent ému, transporté, ravi, enthousiasmé, n’est plus.
La plus haute personnalité littéraire du siècle, l’homme qui a renouvelé, enrichi notre langue nationale, la grand poète lyrique, le Juvénal français, le puissant créateur de toutes ces figures éblouissantes de gloire, de Ruy Blas, le laquais inspiré,
Ver de terre amoureux d’une étoile ;
de Dona-Sol, l’amante idéale, de Guaquimara, l'incarnation de la haine, de Triboulet, la paternité difforme clouée au pilori de la souffrance, d’Hernani, de Cromwel, de l’exquise dona Maria, de Neubourg, de la Thisbé, de Jeanne, de Gilbert le ciseleur, de l’altière Marie Tudor, de Marion Delorme, la courtisane parifiée par l’amour, du ténébreux Didier, du spirituel Saverny, de l’infâme Lucrèce Borgia, du visionnaire Torquemada, etc.,etc., le poète de la Légende des Siècles, cet immortel chef d’œuvre, des Odes et Ballade, des Rayons et des Ombres, des admirables Châtiments, l’écrivain de Notre-Dame de Paris, des Misérables, des Travailleurs de la Mer, de Quatre-Vingt-Treize, de Napoléon-le-Petit, du Dernier Jour d’un Condamné, etc., etc., est enlevé à notre admiration par l’implacable mort.
Jamais vie ne fut plus belle que celle de Victor Hugo et à aucun autre ne s’appliquait mieux ce vers du poète qu’a lui-même :
Donc je marche vivant dans mon rêve étoilé.
Son existence ne fut qu’un long triomphe. Chacun se faisait une joie de s’incliner respectueusement devant l’autorité du génie d’Hugo.
Appelé « Enfant sublime » par Châteaubriand dès l’âge de treize ans ; à vingt-cinq ans, Hugo était célèbre et reconnu comme le chef de la nouvelle école littéraire-romantique. On se battait à la première représentation de ses drames. Classiques et romantiques se livraient au Théâtre-Français de rudes combats au nom de l’art.
La jeunesse se donnait rendez-vous chaque soir pour acclamer Hernani et reprendre aux classiques tel hémistiche emporté la veille dans le brouhaha et les cris d’une salle en délire.
L ’heure était à l’enivrement. Le soleil romantique frappait d’insolation les plus réfléchis...
Puis les fureurs se calmèrent et personne n’osa plus discuter Victor Hugo.
Le temps accomplissait son œuvre d’impartiale justice.
Rien ne manqua à sa gloire. Comme autrefois le Dante, il dut prendre le chemin de l’exil.
Pendant les vingt années d’empire, debout et frémissant sur son rocher de Guernesey, Victor Hugo ne cessa de faire entendre sa grande voix dont l’éclat se mêlait au mugissement de la mer.
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là,
écrivit un jour le poète.
Il tint sa parole et ne rentra dans son pays
Tombeau de ses aïeux et nids de ses amours
qu’après l’effondrement du régime impérial.
Depuis son retour en France, chargé d’ans et d’honneurs, Hugo vivait parmi nous. Chaque jour, les Parisiens coudoyaient le vieillard sublime et saluaient en lui le génie vivant dans l’immortalité.
Il n’est plus !
Un vide immense se produit!
Les Lettres françaises sont en deuil !
La Patrie pleure !
C ’est qu’aucun poète ne fut plus justement aimé que Victor Hugo.
Sa bonté, la profonde humanité qui se dégage de ses ouvrages, lui avaient, depuis longtemps conquis le cœur des foules.
Humain avant tout, aucune souffrance n’a trouvé Hugo indifférent. Il était foncièrement bon !
La France entière fera à son plus illustre poète des obsèques dignes d’elle et de lui.
Le peuple parisien, tant calomnié par ceux qui l’ignorent, fera cortège au mort et c’est au milieu de l’émotion générale, que la dépouille mortelle de Victor Hugo traversera ce Paris dont il a dit la grandeur dans un livre qui ne périra pas, tant qu’on conservera chez nous l’amour des belles lettres.
UN PASSANT.