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Chroniques ardennaises

... à travers le Petit Ardennais...

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[Champigneul-sur-Vence] 1885

Mai

Société de Tir —  La délégation de la Société de tir de Champigneul envoyée au grand concours populaire qui vient d’avoir lieu à Charleville, a été classée la sixième sur vingt-et-une sociétés qui ont pris part à ce concours et a obtenu une médaille d'argent. Trois tireurs ont été classés aux séries à volonté, ce sont : MM. Jules Capitaine, Gillet et Blanchet, Adonis, qui ont obtenu chacun une médaille de bronze.  Deux tireurs ont été classés aux séries fixes et ont aussi gagné chacun une médaille de bronze, ce sont : MM. Capitaine. Jules, et Rafichart. Trois autres tireurs : MM. Louis Fay, Gillet et Rafichart, Camille, ont encore eu chacun une médaille de bronze comme étant classés les trois premiers de la délégation. La Société de tir de Champigneul se compose de jeunes gens dont plus des trois quarts n’ont pas encore servi sous les drapeaux ; elle n’est donc pas Société de tir territorial, comme on l’a enregistré à tort.

 

Juillet

Accident. — La fête nationale a été troublée à Champigneul par un accident qui aurait pu avoir de terribles conséquences. Dans la soirée, un jeune homme de la localité, M . Louis Fay en allumant une boite a eu la jambe droite déchirée un peu au-dessous du genou. Le docteur D’Hôtel, de Poix, appelé en toute hâte, après avoir pansé la blessure a déclaré que le jeune Fay en serait quitte pour une incapacité de travail d’une quinzaine de jours environ. Cet accident ne peut être attribué qu’à une légère imprudence de la part de celui qui en est la victime. Cet événement arrivé au moment où la fête était dans tout son éclat, a vivement impressionné tous les habitants.

Étoupes et étincelles . — On nous écrit :
« Figurez-vous, monsieur le rédacteur, que nous avons, dans notre paroisse, un curé qui nous régale, tous les dimanches, d'un petit sermon de sa façon : c’est son droit, puisqu’il est payé pour prêcher.
» Il y a quelque temps, il entreprit d’analyser les divers commandements dits de Dieu et de l'Eglise . Après d'herculéens efforts, il en arriva au commandement n° 6. Le texte de ce commandement, que tout le monde connaît, lui fournit matière à parler pendant plus d’une demi-heure ; aussi fit-il, à ce propos, un cours de morale assez immorale.
» Remontant savamment aux origines de l'histoire, il nous cita le saint et pieux roi David et ses ... relations avec la veuve Betsabée, puis il parla de Salomon, le constructeur du temple de Jérusalem et l’auteur du cantique des cantique».
» Après avoir pataugé un bon quart d'heure avec ces deux monarques, il a parlé du devoir des pères et mères envers leurs enfants. — « Prenez garde, parents chrétien», criait-il de sa voix de fausset, prenez bien garde , ne laissez jamais, non, jamais seuls, une jeune fille et un jeune garçon, surtout la nuit . Vous savez par expérience, mes frères, que, des paroles aux faits, il n’y a qu'une mince distance. Un de nos grands saints (j'en ai oublié le nom ) l’a dit : Le cœur de la femme est une étincelle et celui de l'homme une poignée d'étoupes» 
» Comment trouvez-vous cette charmante comparaison? 
» Bien des assistants, à la messe, se tordaient et mordaient leurs lèvres ; quelques-uns même en ont encore, aujourd'hui, le ventre tout endolori, tant ils ont ri. Aussi à peine hors de l'église, ce fut un éclat d'hilarité homérique. Et les quolibets d'aller leur train !
» Comme vous le voyez, on s'amuse quelquefois dans notre commune, grâce à notre ingénieux pasteur, grâce aussi à certaine vieille dévote dont les yeux noirs lançaient des étincelles, qui, hélas pour elle, n’allumeront pas le cœur en étoupes de nos jeunes gens »

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