... à travers le Petit Ardennais...
27 Novembre 2019
Mai
LE CONFLIT ANGLO-RUSSE. — Une détente Il résulta des dépêches reçues au quai d'Orsay qu’une détente s’est produite entre l’Angleterre et la Russie. A la nouvelle que les Russes ne se sont pas emparés de Méruchak — qui est d’ailleurs inhabitée — et se sont bornés à opérer une simple reconnaissance jusque sous les murs de cette ville.
L'AFGHANISTAN. — Si ’a guerre éclatait entre la Russie et l'Angleterre, quelles seraient les forces respectives des belligérants ? Un livre écrit par un spécialiste et qui vient de paraître à Londres, donne les chiffres de troupes que l’Angleterre et la Russie pourraient, le cas échéant, mettre en ligne, réserves, bans et arrière-bans compris ; les voici :
Grande-Bretagne.. 644,753 hommes
Russie ....................... 1,876,353 — Aux 644,758 soldats anglais, on peut joindre si l’on veut, les 349,835 hommes des contingents hindous, quoiqu’ils n’aient ni courage, ni organisation, ni fidélité ; ou arrive ainsi à un total de 994,588 soldats, c’est-à-dire que, malgré tout, la Russie disposerait d’un nombre double de combattants.
LE CONFLIT ANGLO-RUSSE. — Projets de conciliation Londres, 2 mai.
Suivant mes renseignements, les informations du Daily-News de ce matin, prises dans leur ensemble, sont exactes. Depuis que les malentendus et les préventions qui faisaient croire à une marche des Russes sur Hérat ont été dissipés, de fréquentes dépêches conçues dans un esprit beaucoup plus amical ont été échangées entre Londres et Saint-Pétersbourg.
Les explications anglaises ont modifié le sens donné à la proposition anglaise dont l’acceptation eut été sans cela impossible à St-Pétersbourg.
La réponse de la Russie ne constituera donc nullement une acceptation pure et simple de cette proposition, mais elle admettra l’intervention d'arbitres d’une manière suffisante pour montrer la bonne foi de la Russie dans l’affaire du 30 mars, sans toutefois pouvoir amener un désaveu des généraux russes.
Un grand esprit de conciliation règne, depuis deux jours de part et d’autre. On peut dire que les deux gouvernements ont fait chacun la moitié du chemin pour rendre possible la reprise des négociations sur la délimitation de frontière.
La situation va donc revenir au point où elle était lors des pourparlers officieux qui avaient presque complètement déblayé le terrain pour la question de frontière.
Néanmoins, il ne convient pas d’exagérer trop l’amélioration de la situation. Un courrier de Saint-Pétersbourg arrivera ici lundi soir.
Pour les bêtes. — Une riche veuve du comté de Sussex vient de mourir en déshéritant tous ses parents ou alliés.
Elle lègue à la Société protectrice des animaux de Londres une somme de 150,000 francs ; pour l’établissement d’abreuvoirs pour les bestiaux ; 50.000 francs ; au refuge pour les chiens perdus, 25.000 francs.
La neige en Angleterre. — D'après les journaux anglais, la neige est tombée en abondance avant-hier, pendant plusieurs heures, à Birmingham, et la campagne a repris un aspect hivernal.
Des dépêches du nord de l’Ecosse annoncent également qu'il a neigé abondamment dans les comtés septentrionaux, et qu'une couche de neige de plusieurs pouces d'épaisseur couvre les districts des Highlands. La végétation, déjà très avancée souffre des dommages considérables.
Une armée de blanchisseuses. — Le conflit anglo-russe a attiré l’attention sur l’organisation de l’armée anglaise. A ce propos, voici quelques détails curieux :
Disons tout d'abord, que le recrutement forcé, avec ou sans tirage au sort, est considéré par les Anglais comme attentatoire à la liberté individuelle, comme exerçant une funeste influence sur l’agriculture et l’industrie. L’engagement volontaire est encore considéré par eux comme un principe inviolable. En Angleterre est soldat qui veut.
Il ne faut pas croire cependant que le goût des armes ou la patriotisme pur soient les causes déterminantes, en Angleterre, de la plupart des enrôlements ; en général, l’Anglais n’aliène sa liberté que lorsqu’il ne peut pas trouver à gagner sa vie ; voici la vérité.
Les sergents recruteurs parcourant les villes et les campagnes, la shako orné de rubans; ils s’installent dans les tavernes, paient à boire aux jeunes gens, font l'éloge de la vie militaire et tracent le tableau le plus flatteur des agréments qui attendent le soldat anglais dans les pays lointains. Aussitôt qu’un pauvre diable s'est laissé tenter, le sergent lui glisse dans la main un shilling (1 fr. 25), et dès le moment où l’autre a accepté cette pièce, il ne s’appartient plus. Le voilà engagé soit pour douze ans dans l’armée active, soit pour six ans dans cette armée et six ans dans la réserve, à son choix.
Une particularité du service militaire en Angleterre, c’est qu’on n’empêche pas les soldats de se marier; on les encourage, au contraire, à mener la vie de famille dans les casernes.
Il ne faut pas croire cependant qu'on se marie dans l’armée anglaise absolument à discrétion, pour employer une expression triviale, mais qui peint bien ce que je veux dire. C’est ainsi qu’un journal affirme que l’organisation intérieure des corps de troupe prévoit l'existence, dans la caserne, d'un certain nombre de femmes dont la vie est assurée, et que l’autorité ne tolère pas le mariage des soldats en dehors de ce cas.
Un soldat anglais est-il tourmenté par l’aiguillon du mariage, il examine tout d’abord quelle est la situation des effectifs en femmes dans la caserne. Si chaque compagnie a son effectif réglementaire de neuf blanchisseuses et si celui de quinze blanchisseuses formant la réserve de chaque régiment est complet, alors il n'a pas d'espoir d'obtenir l'autorisation nécessaire.
Si le sous-officier ou soldat passe outre, il est condamné aux arrêts, il est cependant des sans-soucis qui préfèrent encore subir la punition plutôt que de faire inscrire leur épouse au rôle de blanchisseuse de la troupe.
Le régiment est-il appelé à sortir, toutes les femmes restent au quartier, et on a vu en certains cas les casernes gardées par un véritable corps de blanchisseuses. La ville d'Halifax, au Canada, se trouve dans ce cas : les troupes sont parties pour guerroyer contre les insurgés, et les casernes sont remplies de femmes sans mari et sans linge à blanchir.
J’ai envie d’aller porter là-bas mes mouchoirs de poches !
Il me semble que l’on devrait aller jusqu’au bout dans la logique et permettre aux femmes de militaires, au besoin même Ies contraindre, de suivre leurs époux à la bataille. Du moment, en effet, que la loi anglaise expose les soldats au danger de faire des veuves s'ils sont tués, elle devrait, en laissant leurs femmes près d’eux pendant la fusillade, leur procurer au moins quelques chances de devenir veufs !
Ce serait tripler les enrôlements ; et si, par-dessus le marché, on pouvait emmener sa belle-mère à la bataille, tous les Anglais voudraient être soldats.
L’état de siège en Russie. — On écrit de Saint-Pétersbourg, le 15 mai, que le czar insiste pour qu’on lève toutes les mesures exceptionnelles prises en 1880 à l’égard des nihilistes, soit l’état de siège, les cours martiales, exécutions sommaires et déportations administratives. Le sénateur Durnowo, qui remplace le comte Tolstoï, s’est opposé à la suppression des mesures exceptionnelles, il prétend être informé d’une nouvelle entrée en campagne des nihilistes, qui s’agitent à Genève, Londres et Paris.
TÊTE MISE A PRIX. — La noble nation britannique a mis à prix, on le sait, la tête de notre compatriote Olivier Pain.
Voici l'acte officiel par lequel un officier anglais a osé exciter à l’assassinat de M. Pain :
Une récompense de 50 livres (1,250 francs) est offerte à quiconque livrera le sieur Olivier Pain, mort ou vif, ou présentera ses papiers. A la date du 18 mars 1885, il a quitté Debbeh, seul, monté sur un chameau. Son signalement consiste dans les indications suivantes :
» Visage assez distingué, cheveux fins, taille approchant 5 pieds 7 pouces, yeux bleus, lèvres minces et pincées.
» Cet individu, dont la physionomie est remarquable par un regard cruel, se signale par une grande réserve dans le langage et dans l’attitude. D’après les renseignements acquis, il sera déguisé en Arabe. On le reconnaîtra surtout à la couleur bleue de ses yeux. — Signés ; G.-F. Wilson, Capitaine R. E., commandant à Sarras. »
Olivier Pain est coupable seulement d’avoir été comme reporter dans le camp du mahdi.
Le signalement donné par le chevaleresque capitaine Wilson de celui qu’il veut faire assassiner est d’ailleurs inexact. Olivier Pain, loin d’avoir l’air cruel, a le regard d’une grande douceur.
Le marquis de Carabas. — Il vient de mourir, au pays de Galles, un gentilhomme, sir Watkin W. Wynn, qui était riche comme le marquis de Carabas du conte.
Un train express mettait deux heures à traverser ses terres.
Sir Watkin W. Wynn était simple député aux Communes. Il avait refusé d'entrer à la Chambre des lords ; c'est dire qu'il n'avait pas voulu accepter un titre de noblesse.
UN JOLI JEU. — On ne doute pas de l’ardeur que mettent les Anglais au jeu de cricket, écrit un de nos confrères.
Avant-hier [24], un curieux accident s'est produit aux jeux de cricket de Harlestown. Deux joueurs ont mis tant d’ardeur à chercher leur balle, qu'ils ont couru l’un contre l’autre avec une telle impétuosité que l’un a eu le nez cassé, l’autre la mâchoire démise et les dents brisées.
Les joueurs blessés ont été transportés sans connaissance hors du champ de jeu.
Il paraît que les accidents de cette nature sont fréquents en Angleterre, mais ils passent généralement inaperçus.
Empereur et czar. — Londres, 29 mai. — On télégraphie de Berlin, au Daily-Chronicle :
La paix entre l’Angleterre et la Russie étant maintenant apparemment assurée, on a remis sur le tapis, la visite du tsar à l’empereur d’Autriche.
Rien n’est encore définitivement connu à ce sujet, mais l’opinion qui domine est que cette visite aura lieu à la fin de l’été ou au commencement de l’automne prochain.
L’affaire de la «Pall Mall Gazette». — On nous écrit de Londres, 15 juillet : Les porteurs de la Pall Mall Gazette, arrêtés lors de la publication des articles de ce journal relatifs à la corruption de Londres, ont comparu devant le tribunal du lord-maire de Londres, sous la double accusation, soutenue par le sollicitor de la cité, d'avoir entravé la circulation dans les rues et d’avoir vendu une feuille obscène. Le lord-maire a refusé d’admettre le dernier chef d’accusation pour la raison que le gouvernement renonce à toutes poursuites de ce chef contre le propriétaire de la Pall Mall Gazette , et, finalement, les vendeurs de la Pall Mall Gazette, au nombre de trente-trois, ont été acquittés.
UNE ROSE QUI COÛTE CHER . — Le duc de Malborough visitait, en compagnie d’une jeune dame, les serres du jardinier CocoIes, près de Londres.
Tout à coup la jeune femme poussa un cri d’admiration : elle venait de s’arrêter devant une rose d’une couleur merveilleuse. Le galant duc cueillit la fleur et la remit à la jeune femme. Le lendemain, le duc de Malborough recevait une note de 159 livres (3,825 fr.) qu'il refusa de payer.
De là procès. Devant la justice, la jardinier déclara que la fleur cueillie était la plus belle de sa collection; il avait, après dix ans de soins, obtenu une teinte lilas unique et il doutait de pouvoir réussir une seconde fois. La cour, après examen et réflexion, a condamné le duc de Malborough à payer ; il s’est exécuté en disant : « C’est le meilleur moyen de guérir un pauvre homme de la manie de la galanterie. »
LES SCANDALES DE LONDRES. — 24 juillet. Plusieurs journaux illustrés, qui reproduisent, avec illustrations obscènes, les articles de la Pall-Mall , sur la « Moderne Babylone », vont être l’objet de poursuites.
Angleterre et Turquie. — Constantinople, 30 juillet.
On signale ici un revirement assez accentué dans l’attitude de l'Angleterre vis à vis de la Porte. Le gouvernement britannique tend à se rapprocher de la Turquie et à consolider l'alliance entre les deux pays en vue des éventualités ultérieures, par exemple, d'un conflit avec la Russie.
LE CHOLERA A LONDRES. — D’après le Pall Mall Gazette, le chef du département médical de la cité de Londres a déclaré, dans la séance d’avant-hier du comité des égoûts, qu’il convenait de rassurer la population de la capitale au sujet du choléra. Que les sept cas qui ont été enregistrés à Londres, sont des cas de choléra nostras, que d'ailleurs la situation sanitaire actuelle de la métropole, est excellente, et que les plus grandes précautions sont prises par les autorités médicales du port.