... à travers le Petit Ardennais...
1 Février 2020
Mort de M. de Neuville. — M. Alphonse de Neuville, le peintre de batailles bien connu, est mort, à Paris, hier matin [20], à onze heures, après une longue et cruelle maladie.
La mort du célèbre auteur de tant de toiles remarquables sera vivement ressentie dans le monde artistique, où M. de Neuville avait su conquérir une des premières places.
Dans nos Ardennes on n’oubliera pas que le jeune maître qui vient de s’éteindre à 39 ans était l'auteur du célèbre tableau : Les Dernières Cartouches, représentant l’un des épisodes les plus émouvants de l’héroïque défense de Bazeilles. 
Rien n’a été plus vraiment patriotique que l’ensemble de son œuvre. De Neuville, en effet, avait assumé la rude et pénible tâche de faire défiler chaque année, sous nos yeux, des épisodes empruntés aux événements militaires de l’année terrible. Il avait projeté d’en être l’historiographe à sa façon, d'en conter sur la toile les drames, les héroïsmes et les misères, et il y travaillait sans relâche avec une obstination, un courage, une ardeur que rien ne pouvait lasser.
Il s’était enfermé dans la sombre époque et n’en voulait pas sortir. Cent fois on avait tenté de le détourner de son but, mais il avait résolu de le poursuivre et rien n’aurait pu l’en dissuader. « Pourquoi, lui disait un jour Ludovic Halévy, évoquer sans cesse les souvenirs d’un douloureux passé? Peut-être vaudrait-il mieux oublier et tenter de faire oublier? » — « Souvenons-nous, au contraire. avait répondu de Neuville, et obligeons les autres à se souvenir ».
Aucun peintre militaire en ce temps-ci n’aura conté la bataille de façon plus émouvante que Neuville.
Il laisse derrière lui une renommée aussi haute que celle des Gros, des Vernet, des Charlet, des Géricault, des Bellangé: plus haute que la renommée de Pils et d’Yvon, qui eurent un moment, comme peintres de batailles, la faveur du public et les commandes des souverains.
Ses obsèques auront lieu vendredi, à midi.
Simple questions. — On nous prie de poser les questions suivantes à qui de droit :
1° Pourquoi le jour de la fête nationale le monument élevé aux défenseurs de la Patrie n’était-il pas pavoisé aux couleurs nationales?
2° Pourquoi les édifices publics, église, presbytère et écoles des filles ne sont-ils jamais pavoisés ni illuminés? C'est ce que nous serions curieux de savoir.
3° Pourquoi le vin d’honneur et les réjouissances publiques n’ont-ils commencé qu'à six heures du soir ?
M. le maire de Bazeilles redouterait-il les foudres du curé ou subirait-il l'influence de quelque gros bonnet de l’endroit ?
Nous attendons sa réponse.
Collectes. — Pendant le vin d'honneur offert à l’occasion de la Fête nationale, le citoyen Vautier-Béchet, conseiller municipal républicain, a fait une collecte au profit de deux enfants de Bazeilles, actuellement au Tonkin. Il a recueilli la somme de 20 fr qui va être envoyée directement à ces deux braves soldats.