... à travers le Petit Ardennais...
10 Février 2020
Le crime. — Noël, l’assassin présumé de la veuve Simon, arrivera à Sedan aujourd'hui. C'est donc à tort que l’on a fait courir le bruit que la justice avait perdu la piste de l'assassin.
Retour de la Société musicale. — On nous écrit :
Mercredi matin, le village de Haraucourt était en liesse, les maisons étaient pavoisées. et la population entière se dirigeait vers la gare pour y recevoir la Société musicale. Après un gracieux compliment, dit par une charmante jeune fille, et la distribution de nombreux bouquets, nos vaillants musiciens ont fait leur entrée. Ils arrivaient du grand concours de Paris auquel plus de quatre cents Sociétés avaient pris part. Les Ardennes étaient représentées par celles de Nouzon et de Haraucourt, cette dernière a remporté un brillant succès et a obtenu :
Le prix d’honneur (une couronne en vermeil) ; le premier prix de lecture à vue; à l’unanimité, le premier prix ascendant d’exécution avec félicitations du jury ; et le premier prix de soli.
Le président de la Société, M. Driquert, a reçu ces récompenses des mains de M. de Lesseps, président d’honneur du concours, qui, en les lui remettant, l’a chaudement félicité. De notre côté, nous sommes heureux d'offrir nos félicitations à cette phalange de jeunes gens qui ont été si dignement récompensés de leurs efforts et de Ieur travail assidu.
Voici le texte du discours prononcé par Mlle Léontine Noireau :
« Monsieur le directeur,
» La nouvelle de vos brillants succès au concours de Paris a été accueillie avec une grande joie par tous les habitants du pays, et je crois répondre au sentiment de tous en venant vous souhaiter la bienvenue et vous présenter toutes nos félicitations.
» Ces lauriers que vient de conquérir si vaillamment notre petite Société et dont tous nous nous sentons fiers, c’est à votre habileté, à votre travail incessant, à votre dévouement absolu que nous les devons, aussi bien qu’aux rares qualités que vous avez su développer dans les hommes placés sous votre direction.
» C’est là une magnifique récompense de vos efforts persévérants et la preuve de votre rare talent; mais c’est encore pour nous l’espérance de nouveaux succès dans l’avenir ; c’est l’assurance que la bonne volonté, la concorde et l'esprit de conciliation qui vous animent continueront à régner parmi vous, et que tous, — comme les soldats qui se groupent autour du Drapeau sur le champ de bataille — vous resterez fidèles à votre bannière si glorieusement et si superbement décorée.
» Veuillez donc accepter, arec toutes nos félicitations, ce bouquet qui est le gage de notre sympathie et de notre vive satisfaction. »
L'assassinat d'Hauraucourt. — Avant d'entrer dans les détails de l’instruction, disons tout de suite que Noël a avoué être l’autour du crime.
Ainsi que nous l’avons annoncé, le Parquet de Sedan s’est rendu, lundi, à Haraucourt où il est arrivé à 11 heures du matin. Une foule nombreuse s’était portée à la gare. Tout d’abord le Parquet s’est transporté à la maison de la victime. Noël y a été introduit.
Sur l'ordre des magistrats, il a reconstitué la scène du drame qui est, du reste, bien celle que le juge d’instruction avait ètablie d’après les premiers renseignements.
C'est, on se la rappelle, le 4 avril que Ie crime a été commis.
Noël prétend qu’il est resté caché deux jours dans sa grange et non dans celle de la veuve Simon. Personne ne l’avait vu avant l'’accomplissement du crime.
Il est sorti de sa grange vers 4 heures et, en passant par des chemins détournés, est arrivé chez la veuve Simon. Celle-ci, dit l’assassin, l’aurait vu entrer de son jardin. Noël est monté au premier où l’a suivi la veuve Simon.
— Te voilà, traînard, dit-elle, je vais te dénoncer.
A peine avait-elle achevé ces paroles que Noël la saisit par la gorge, la terrassa et l’assomma d’un seul coup de marteau.
Il abandonna sa victime et descendit au rez-de-chaussée pour y voler ; il s’empara d’une somme de onze cents francs en or et de différents bijoux qui ont été retrouvés chez lui à Liège. Il remonta alors au premier étage, traîna sa victime jusqu’à l'escalier, la prit dans ses bras, la porta au grenier et la déposa sur le tas de fagots où elle fut retrouvée.
Entendant du bruit, il redescendit au rez-de-chaussée, ferma la porte, jeta la clef dans le ruisseau et alla se cacher jusqu’à la nuit dans un clos voisin appelé La Carpiêre. Vers 7 heures du soir il s'enfuit par les champs, gagna la voie ferrée entre Angecourt et Haraucourt jusqu'à Sedan pour prendre le train de neuf heures du soir, et se rendre à Liège où il arriva le lendemain à dix heures du matin.
Il n'y a donc plus aucun doute sur la culpabilité de Noël et nous pouvons démentir d’une façon formelle les assertions inexactes qui ont été formulées par un journal réactionnaire. Le parquet de Sedan a montré dans cette affaire une grande perspicacité, puisque deux jours après le crime, l' assassin était arrêté en pays étranger. Les formalités exigées pour l’extradition sont toujours longues et il était matériellement impossible que Noël pût arriver plus tôt à Sedan.
Complément de la fête. — On nous écrit:
Nous ne pouvons passer sous silence certains faits ayant trait à cette belle fête. La fête de gymnastique qui se passait sortie de Raucourt, dans la prairie de Tivoli, et à laquelle plus de 2,000 personnes assistaient, a été magnifique. Neuf Sociétés y prenaient part: la Nouzonnaise, qui avait fait défaut, était dignement remplacée par la Socicté d'Illy qui s'était fait inscrire tardivement.
Les mouvements d'ensemble, dirigés par M. E. Bruge, ont été splendides, toutes les Sociétés se sont surpassées dans leurs exercices. Une mention particulière doit être accordée à l'Espérance, de Charleville, pour ses exercices spéciaux, qui ont été justement acclamés, et à la Citoyenne, de Nouzon, pour sa joyeuse fanfare de cors.
Pendant les exercices, les Sociétés musicales d'Haraucourt, de Raucourt, d'Angecourt et de Remilly ont charmé les spectateurs en faisant entendre les plus jolis morceaux de leur répertoire.
Pour clore la séance, les membres actifs de la Société L'Ardennaise ont dansé la fricassée, qui a provoqué un fou rire parmi l'assemblée.
Puis, à 6 heures, Fanfare en tête, les Sociétés sont venues se masser autour du kiosque de l'Hôtel-de-ville où a eu lieu la distribution des médailles commémoratives.
Avant cette distribution, un morceau d'ensemble, la Marseillaise, avait été exécutée par toutes les Sociétés musicales réunies.
A 8 heures, au milieu des illuminations splendides de l'Hôtel-de-ville, le bal commençait.
LE LENDEMAIN. — Les ateliers sont fermés, les visages rayonnent car la fête n'est pas finie, nos organisateurs nous réservaient une surprise.
A midi précis, un concert est donné sur le kiosque de Dom-le-Mesnil, auxquels s'étaient joints plusieurs jeunes gens de l'endroit.
A trois heures, avec le concours de cette harmonie, et en présence d'une foule nombreuse commence la course aux sacs, sous la présidence de M. Bonne-Darbour, membre du comité d'organisation.
L'honneur de la journée revient à M. Louis Chenet, dit Tichon, et M. E. Lefèvre, dit l'Artilleur, qui ont émerveillé les spectateurs, surtout au point de vue de la course sur la passerelle mobile établie sur le ruisseau.
Pour terminer la fête, le ballon. le «Récalcitrant», gonflé par M. Jack, et ses trois aides, aéronautes distingués, s'est enlevé aux applaudissements de la foule, à une hauteur inévaluable, et est allé atterrir, un peu avarié, sur la place de Truocuar.
Quête. — Produit d’une quête faite dans la soirée du 14 juillet, tant au bal que dans les cafés par la compagnie des sapeurs-pompiers, au profit des écoles laïques : 9 fr.
Encore un noyé. — Dimanche dernier, M. Elysé-Ovide Guérard se baignait dans la Meuse, à Remilly, entre quatre et cinq heures du soir, lorsque voulant trop s’aventurer, il s’enfonça à un endroit nouvellement dragué. Comme il ne savait pas nager, il ne reparut plus à la surface, et les personnes présentes furent impuissantes à lui porter secours.
Deux heures et demie après seulement son cadavre a été retiré de l’eau.
Âgé de trente-deux ans, ce jeune mari avait conquis l'affection publique. Il laisse une veuve, deux enfants en bas âge et sa famille plongée dans la plus profonde douleur.