... à travers le Petit Ardennais...
12 Août 2020
Mme Edouard Lockroy a reçu hier la lettre suivante :
ARCHEVECHE DE PARIS Paris, le 21 mai 1885.
Madame,
Je prends la plus vive part aux souffrances de M. Victor Hugo et aux alarmes de sa famille. J'ai bien prié au saint sacrifice de la messe pour l’illustre malade. S ’il avait le désir de voir un ministre de notre sainte religion, quoique je sois moi-même encore faible et en convalescence d’une maladie qui ressemble beaucoup à la sienne, je me ferais un devoir bien doux d’aller lui porter les secours et les consolations dont on a si grand besoin dans ces cruelles épreuves.
Veuillez bien agréer, madame, l'hommage de mes sentiments les plus respectueux et les plus dévoués
-¡- J. Hipp. cardinal Guibert,
Archevéque de Paris.
M. Edouard Lockroy a immédiatement répondu :
Paris, le 21 mai 1885.
Monsieur l’archevêque de Paris,
Mme Lockroy, qui ne peut quitter le chevet de son beau-père, me prie de vous remercier des sentiments que vous voulez bien lui exprimer d'une manière si éloquente et si bienveillante à la fois.
Quant à M. Victor Hugo, il a déclaré ces jours-ci encore qu'il ne voulait être assisté, pendant sa maladie, par aucun prêtre d’aucun culte. Nous manquerions à tous nos devoirs si nous ne respections pas sa volonté.
Veuillez bien agréer, je vous prie, monsieur l’archevêque de Paris, l'expression de mes sentiments les plus respectueux.
Edouard Lockroy,
Député de Paris.
C’en est fait, Victor Hugo, passera devant sa paroisse, sans s’y arrêter ; cette résolution jette dans les rangs de l’armée dévote un trouble profond.
Le mouvement libre-penseur a commencé à se développer en France avec les obsèques non religieuses de Félicien David, puis s’est continué par Herold, préfet de la Seine, et Gambetta.
Aujourd’hui c'est Victor Hugo, qui consacre cette parole célèbre : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! »